Il va sans dire que la connaissance des langues favorise l’esprit d’ouverture et de tolérance entre les peuples. De plus, celui qui parle une ou plusieurs langues étrangères est mieux placé dans ce monde, devenu un petit village, pour en récolter pleinement les avantages à plusieurs niveaux (humain, culturel, professionnel). De là est venue donc l’idée de renforcer l’enseignement des langues dans nos écoles, ce qui constitue un atout essentiel pour l’avenir des élèves, soit pour poursuivre leurs études à l’étranger, soit pour rechercher un emploi, les langues étant souvent appréciées et exigées par les employeurs.
Il faut dire que des mesures ont été prises au niveau du ministère de l’Education depuis l’année scolaire 2006-2007 concernant la consolidation des langues étrangères dans nos écoles. Ces mesures s’ajoutaient à plusieurs autres précédentes qui s’inséraient dans le processus de la mondialisation, ayant tendance à rendre le pluralisme linguistique dans notre pays un fait incontournable susceptible de favoriser l’ouverture sur d’autres cultures et inciter aux échanges entre les différentes nations. Cependant, l’apprentissage des langues étrangères se heurte encore contre des difficultés diverses dont essentiellement les classes chargées et l’absence d’une technologie moderne, ainsi que l’hétérogénéité des classes, ce qui constitue un handicap majeur.
Toutes les mesures prises jusqu’à présent n’ont pas été malheureusement accompagnées d’une nouvelle approche dans l’enseignement des langues, ce qui suppose une mise en question des méthodes actuelles telles qu’elles sont pratiquées dans nos écoles pour mettre en place de nouveaux moyens et des outils pédagogiques plus modernes et plus efficaces, à savoir les TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) qui sont d’un grand apport pour l’apprentissage des langues étrangères. Les résultats obtenus dans les pays qui utilisent déjà ces nouvelles technologies sont très probants. Ces nouvelles technologies font encore défaut dans nos écoles ou, du moins, elles sont employées dans quelques établissements grâce à l’initiative personnelle de certains enseignants chevronnés.
Un laboratoire de langue dans chaque établissement
Pour ce faire, un grand effort de formation du corps enseignant et un budget énorme de la part de l’Etat sont nécessaires en vue de mener à bien l’apprentissage des langues étrangères dans nos écoles. Il faut doter les écoles du matériel informatique adéquat et équiper les salles de classes des moyens audio-visuels appropriés ou, du moins, garantir un laboratoire de langue dans chaque établissement. Les conditions dans lesquelles travaillent actuellement nos enseignants de langues étrangères (français, anglais, italien, espagnol…) sont précaires et les moyens didactiques dont ils disposent sont vétustes : les classes ne sont pas seulement trop chargées mais aussi hétérogènes, alors qu’en principe, une langue étrangère doit s’apprendre en petits groupes d’élèves de niveaux plus ou moins proches. Car il est très difficile d’animer une classe chargée, d’où souvent certains élèves perdent le goût d’apprendre et abandonnent le cours de la langue étrangère étudiée. C’est pour cette raison qu’on remarque beaucoup d’absentéisme aux heures d’anglais ou d’italien, absentéisme dû essentiellement au manque de motivation et à la routine puisque les cours restent tributaires des pratiques répétitives et souvent improvisées. Les profs sont confrontés régulièrement au manque d’intérêt de certains élèves qui n’hésitent pas à mettre leur walkman pendant le cours ! Pas mal d’élèves poursuivent des cours en parallèle dans différents centres culturels de pays étrangers (British Council, Bourguiba School ou autres) pour combler un vide et profiter des moyens plus sophistiqués mis à la disposition des apprenants dans ces centres. C’est que le travail en groupes réduits composés d’élèves plus ou moins homogènes est très efficace en matière de langues puisque l’enseignant est capable de mieux gérer les techniques d’animation mises à sa disposition et par là même, contrôler plus efficacement ses élèves et parvenir à une bonne évaluation de chacun au terme de chaque étape d’apprentissage. D’ailleurs, tous les programmes relatifs à l’apprentissage de langues étrangères qui se basent sur les TICE (tels qu’ils sont pratiqués dans des écoles européennes ou américaines) exigent des groupes ne dépassant pas 15 élèves, or la moyenne des classes en Tunisie est de 32 élèves.
Les réformes à venir doivent y remédier
Ainsi, il est démontré par expérience que le nombre d’élèves dans une classe de langue affecte la qualité de l’apprentissage, sinon la qualité de l’enseignement en général. En plus de dépersonnaliser la relation enseignant-élève si importante au soutien scolaire, la densité et l’hétérogénéité des classes peuvent nuire aux objectifs escomptés. La finalité de tout apprentissage d’une langue étant le perfectionnement des compétences de l’apprenant en situations de communication bien particulières, il est donc nécessaire de créer l’ambiance favorable et les outils nécessaires à cet apprentissage en diminuant l’effectif en classe de langue étrangère tout en homogénéisant un tant soit peu les groupes d’élèves. Cela a pour objectif de favoriser le maximum d’échanges et de prises de parole entre les apprenants car l’usage oral de toute langue reste un facteur primordial dans toute communication ou échange avec autrui. Le ministère de l’Education est certainement conscient de ce problème et le fait d’équiper les établissements scolaires de matériel informatique et de les relier au réseau d’Internet contribuera certainement au projet ambitieux de la société de l’information, ce qui est un grand pas vers l’établissement des bases de l’école du 21e siècle. Mais beaucoup reste à faire… C’est là un des grands chantiers des prochaines réformes du secteur de l’enseignement.
Hechmi KHALLADI
