Par Ahmed NEMLAGHI
Le Président de la République, Kaïs Saïed, a présidé une réunion consacrée aux secteurs de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle et des technologies de la communication, selon un communiqué publié par la présidence de la République. Ont participé à cette rencontre le ministre de l’Éducation, Noureddine Nouri, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mondher Belaïd, le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Riadh Chaoued, ainsi que le ministre des Technologies de la communication, Sofiène Hemissi.
Cette réunion intervient dans un contexte où les questions liées à l’éducation, à la formation des jeunes et à l’adaptation du système d’enseignement aux mutations technologiques et économiques occupent une place centrale dans le débat public tunisien. Les autorités semblent vouloir accélérer le chantier de la réforme éducative, considéré comme l’un des dossiers stratégiques du quinquennat.
Préparation des examens et égalité des chances
Au cours de la réunion, le Chef de l’État a insisté sur la nécessité d’assurer une préparation rigoureuse des examens à tous les niveaux de l’enseignement. Il a souligné que l’avenir du pays demeure étroitement lié à l’existence d’un système éducatif national garantissant l’égalité des chances entre tous les citoyens, non seulement à travers les textes législatifs, mais également dans leur application effective sur le terrain.
À travers cette insistance sur l’égalité d’accès à l’éducation, Kaïs Saïed réaffirme le rôle historique de l’école publique tunisienne comme instrument de promotion sociale et de cohésion nationale. Le Président de la République considère régulièrement que la justice sociale passe d’abord par un accès équitable au savoir, à la formation et aux opportunités professionnelles.
Dans un contexte marqué par des disparités régionales persistantes et par les difficultés rencontrées par plusieurs établissements éducatifs, notamment dans les zones intérieures du pays, la question de l’égalité des chances demeure l’un des principaux défis auxquels fait face le système éducatif tunisien.
Le Conseil supérieur de l’éducation au cœur du projet présidentiel
Le Président de la République a également mis l’accent sur le rôle du futur Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, inscrit dans la Constitution tunisienne. Kaïs Saïed a estimé que cette inscription constitutionnelle «n’est pas le fruit du hasard», mais reflète l’importance stratégique accordée à l’éducation dans la construction de l’État et dans les aspirations du peuple tunisien.
À travers cette déclaration, le Chef de l’État veut donner une dimension institutionnelle durable à la réforme du secteur éducatif. Le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement est présenté comme un cadre appelé à accompagner la refonte du système éducatif tunisien et à définir les grandes orientations nationales en matière d’enseignement, de formation et de développement des compétences. Selon les propos du Président, les efforts se poursuivent afin d’accélérer la mise en place de cette institution et d’engager une réforme globale couvrant l’ensemble des cycles éducatifs, depuis l’enseignement de base jusqu’à l’université et la formation professionnelle.
Cette approche traduit la volonté des autorités de ne pas limiter la réforme à des mesures ponctuelles ou techniques, mais de l’inscrire dans une vision plus globale touchant les programmes, les méthodes pédagogiques, la formation des enseignants, ainsi que l’adaptation des cursus aux besoins économiques et technologiques contemporains.
L’éducation comme pilier de la sécurité nationale
Une vision plus large du rôle de l’éducation dans la société tunisienne est développée et mise en exergue, l’enseignement constituant l’un des piliers fondamentaux de la sécurité nationale.
Kaïs Saïed a affirmé que «l’ignorance ne se limite pas à l’analphabétisme dans son sens courant», mais englobe également «l’absence de pensée libre» et «l’aliénation intellectuelle». À travers ces propos, le Chef de l’État semble lier directement la question éducative aux enjeux de conscience citoyenne, d’autonomie intellectuelle et de préservation de l’identité nationale.
Cette lecture dépasse le simple cadre pédagogique pour donner à l’éducation une dimension culturelle, civilisationnelle et stratégique. Ainsi, le système éducatif ne doit pas seulement transmettre des connaissances techniques ou académiques, mais également contribuer à former des citoyens capables de pensée critique, attachés aux valeurs nationales et conscients des défis auxquels fait face le pays. D’où la nécessité de protéger l’État et la société contre les formes de marginalisation culturelle, de dépendance intellectuelle ou d’affaiblissement du sentiment national.
Une réforme liée aux mutations technologiques et économiques
La présence du ministre des Technologies de la communication au cours de cette réunion illustre également la volonté des autorités de lier davantage la réforme éducative aux transformations numériques et technologiques en cours.
Le développement de l’économie numérique, l’intelligence artificielle, les nouveaux métiers liés aux technologies, ainsi que les mutations rapides du marché de l’emploi imposent aujourd’hui une adaptation profonde des systèmes éducatifs dans le monde entier. La Tunisie ne fait pas exception à cette réalité. Les autorités tunisiennes semblent ainsi vouloir inscrire la réforme de l’enseignement dans une logique de modernisation globale, capable de préparer les jeunes générations aux nouveaux défis économiques tout en renforçant les capacités nationales en matière d’innovation, de recherche scientifique et de développement technologique.
La question de la formation professionnelle apparaît également comme un axe important de cette orientation. Face au chômage des diplômés et aux difficultés d’insertion professionnelle de nombreux jeunes, les autorités cherchent à rapprocher davantage les formations des besoins réels du marché du travail.
Une réforme au cœur du projet politique de Kaïs Saïed
Au-delà des aspects administratifs et pédagogiques, cette réunion confirme que la réforme de l’éducation occupe une place centrale dans la vision politique défendue par Kaïs Saïed depuis son accession à la présidence de la République. En effet, il considère que la souveraineté nationale ne peut être pleinement assurée sans un système éducatif performant, capable de former des compétences nationales, de réduire les inégalités sociales et régionales et de renforcer l’indépendance intellectuelle du pays.
Dans cette perspective, l’école, l’université et la formation professionnelle apparaissent comme des instruments essentiels de construction de l’État et de préservation de la cohésion sociale. La réforme éducative est ainsi présentée non seulement comme une nécessité économique et sociale, mais également comme un enjeu stratégique lié à l’avenir même de la Tunisie.
Reste désormais à savoir comment cette volonté politique pourra se traduire concrètement sur le terrain, tant les défis auxquels fait face le système éducatif tunisien demeurent profonds et multiples.
Disparités régionales, obstacles à l’égalité des chances
Malgré les réformes successives, plusieurs établissements scolaires et universitaires continuent de souffrir d’un manque d’infrastructures adaptées, de dégradation des équipements et parfois même de difficultés liées aux conditions élémentaires d’accueil et d’enseignement, notamment dans les régions de l’intérieur du pays.
Les disparités régionales constituent également l’un des principaux obstacles à l’égalité des chances. Entre les grandes villes du littoral et certaines zones rurales ou marginalisées, les écarts restent importants en matière d’accès aux équipements pédagogiques, aux technologies numériques, aux activités culturelles et aux opportunités de formation. Cette situation alimente un sentiment d’inégalité et fragilise le rôle de l’école comme ascenseur social. À cela s’ajoute la nécessité d’adapter les programmes et les méthodes pédagogiques aux profondes mutations technologiques et économiques en cours. Le développement de l’intelligence artificielle, de l’économie numérique et des nouveaux métiers impose aujourd’hui une modernisation rapide des contenus d’enseignement, ainsi qu’un renforcement de la formation des enseignants. Le système éducatif fait également face à des contraintes budgétaires persistantes, alors même que les besoins de modernisation, de numérisation et d’amélioration de la qualité de l’enseignement nécessitent des investissements importants et une vision stratégique de long terme.
Mais à travers cette réunion tenue au palais de Carthage, les autorités tunisiennes semblent vouloir envoyer un signal clair : la réforme de l’éducation et de la formation figure désormais parmi les priorités stratégiques de l’État dans la perspective de construire un modèle de développement davantage fondé sur le savoir, les compétences et l’innovation.
