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Accueil » Pluies et inondations : jusqu’à quand les mêmes défaillances ?
SOCIETE jeudi, 24 septembre, 2026,09:246 Mins Read

Pluies et inondations : jusqu’à quand les mêmes défaillances ?

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La saison des intempéries commence à peine et, avec elle, revient une inquiétude devenue presque habituelle : combien de temps faudra-t-il cette année pour que les premières pluies transforment certaines rues en torrents ? En Tunisie, il n’est désormais plus nécessaire qu’un épisode pluvieux exceptionnel dure plusieurs heures pour provoquer des perturbations importantes. Parfois, quinze ou vingt minutes de pluie soutenue suffisent pour que l’eau s’accumule, que la circulation devienne difficile, que des voitures se retrouvent bloquées et que des habitations ou des commerces commencent à craindre le pire.

Le phénomène n’est ni nouveau ni limité aux quartiers les plus fragiles. Même dans des zones résidentielles considérées comme bien entretenues, dotées de routes relativement récentes et où les prix de l’immobilier sont parfois élevés, les mêmes images reviennent : chaussées transformées en bassins, trottoirs impraticables, avaloirs incapables d’absorber l’eau et automobilistes cherchant désespérément un passage. Si de telles situations se produisent dans les quartiers supposés les mieux équipés, que dire alors des quartiers populaires, des zones périphériques ou des secteurs où les infrastructures sont anciennes, insuffisantes ou mal entretenues ?

La pluie ne peut plus tout expliquer

Pendant longtemps, chaque épisode d’inondation a été accompagné de la même explication : des précipitations importantes seraient tombées en très peu de temps. Il est évident que l’intensité de la pluie joue un rôle majeur et que certains épisodes météorologiques peuvent dépasser les capacités normales des réseaux d’évacuation. Le changement climatique complique également la situation, avec des phénomènes qui peuvent devenir plus brutaux et plus difficiles à anticiper. Mais cette explication ne peut pas suffire lorsque le problème se répète année après année et parfois aux mêmes endroits. Une pluie automnale n’est pas un événement imprévisible en Tunisie. Elle appartient au cycle normal des saisons. Les épisodes intenses non plus ne peuvent plus être considérés comme totalement exceptionnels lorsqu’ils se reproduisent régulièrement. La question est donc simple : pourquoi, après tant d’années, suffit-il encore de quelques dizaines de minutes de pluie pour que certains axes deviennent pratiquement impraticables ?

Les causes sont multiples. Elles concernent la capacité des réseaux d’évacuation des eaux pluviales, leur vieillissement, leur entretien, mais également l’urbanisation rapide de certaines zones. Plus une ville se couvre de béton, de routes, de parkings et de constructions, moins les sols peuvent absorber naturellement l’eau. Celle-ci ruisselle alors beaucoup plus rapidement et se concentre vers des réseaux qui n’ont pas toujours été dimensionnés pour recevoir de tels volumes. À cela s’ajoute un problème beaucoup plus visible, celui des avaloirs obstrués par les déchets, la terre, les feuilles ou différents débris. Il suffit parfois d’observer une rue pendant une forte pluie pour constater que l’eau passe au-dessus d’un avaloir sans pouvoir y pénétrer correctement. Le problème n’est donc pas seulement de construire de nouvelles infrastructures, encore faut-il entretenir régulièrement celles qui existent.

Des conséquences qui dépassent largement les embouteillages

Réduire les inondations urbaines à quelques heures de circulation difficile serait une erreur. Pour certains habitants, chaque épisode pluvieux devient une véritable source d’angoisse. Ceux qui vivent dans des logements situés en contrebas, au rez-de-chaussée ou dans des zones régulièrement touchées savent qu’une forte pluie peut signifier une maison envahie par l’eau, des meubles endommagés, un véhicule détérioré et parfois des pertes financières considérables. Les commerçants ne sont pas davantage épargnés. Quelques centimètres d’eau peuvent suffire à endommager des marchandises, des équipements ou des installations électriques. Quant aux automobilistes, ils se retrouvent parfois confrontés à une décision dangereuse : traverser une zone inondée sans connaître la profondeur de l’eau ou rebrousser chemin dans une circulation déjà paralysée.

Il existe aussi une profonde inégalité face aux intempéries. Dans les quartiers disposant de davantage de moyens et d’infrastructures, les dégâts peuvent parfois être limités ou réparés rapidement. Dans les zones plus vulnérables, une inondation peut avoir des conséquences beaucoup plus lourdes pour des familles qui n’ont pas nécessairement les moyens de remplacer des équipements, de réparer leur logement ou leur voiture. C’est précisément pour cette raison que la question des eaux pluviales ne peut plus être traitée uniquement dans l’urgence, lorsque les premières fortes pluies arrivent. Les opérations de curage réalisées à la dernière minute ou après les premières inondations donnent le sentiment d’une gestion saisonnière d’un problème qui, lui, est structurel.

Anticiper au lieu de réparer chaque année

Une ville ne peut évidemment pas être protégée contre toutes les pluies, notamment face à un événement météorologique d’une intensité réellement exceptionnelle. Aucun réseau d’évacuation n’offre une garantie absolue. Mais entre l’impossibilité d’empêcher toutes les inondations et le fait d’accepter que quinze ou vingt minutes de pluie perturbent régulièrement des quartiers entiers, il existe une marge considérable d’action. L’entretien des réseaux doit commencer bien avant les premières pluies. Les points noirs sont généralement connus des habitants comme des autorités locales. Certaines routes sont inondées presque systématiquement. Certains carrefours deviennent impraticables dès que les précipitations s’intensifient. Il devrait donc être possible de cartographier précisément ces zones, d’en identifier les causes et d’intervenir progressivement plutôt que de redécouvrir les mêmes problèmes à chaque automne. Mais il faut également penser à plus long terme. Les infrastructures conçues il y a plusieurs décennies correspondent-elles encore à la densité urbaine actuelle ? Les réseaux peuvent-ils absorber l’eau provenant de quartiers qui se sont considérablement urbanisés ? Les nouveaux projets immobiliers prennent-ils suffisamment en compte l’écoulement des eaux pluviales ? Et surtout, les villes tunisiennes sont-elles préparées à des épisodes de pluie potentiellement plus intenses dans les prochaines années ?

Ces questions deviennent incontournables. Car la pluie, elle, continuera de tomber. On ne peut ni l’empêcher ni lui demander de s’adapter à nos villes. Ce sont donc les villes qui doivent s’adapter. À chaque épisode d’intempéries, les mêmes images circulent, les mêmes habitants protestent et les mêmes interrogations reviennent. Puis le soleil réapparaît, l’eau finit par se retirer et le problème disparaît progressivement du débat jusqu’à la prochaine pluie. C’est précisément ce cycle qu’il faut rompre. Une forte averse peut être un phénomène naturel. Voir, année après année, les mêmes rues se transformer en rivières après quelques minutes de pluie ne devrait plus être considéré comme normal. À l’heure où commence une nouvelle saison d’intempéries, l’enjeu n’est donc plus seulement de savoir où et quand il pleuvra. Il est surtout de savoir si, cette fois, nos villes seront capables d’y faire face.

Leila SELMI

 

inondations pluie

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