Après plus de deux ans de silence radio et d’incompréhensions, le gouvernement et l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) semblent revenir à de meilleurs sentiments. La correspondance officielle adressée tout récemment par la ministre des Finances, Mechket Slama Khaldi, au nouveau secrétaire général de la centrale syndicale, Slaheddine Selmi, pour l’inviter à présenter les propositions de l’organisation concernant le budget de l’Etat et la loi de Finances pour l’exercice 2027 marque un tournant symbolique. Ce geste pourrait signaler le retour à une concertation institutionnelle indispensable et un réchauffement des relations entre les deux partenaires sociaux.
Fidèle à sa tradition de force de proposition, l’UGTT n’a pas tardé à réagir positivement à cette main tendue de l’Exécutif. La centrale syndicale a déjà activé ses structures internes et son département d’études pour élaborer un document technique.
Le bureau exécutif national a déjà décidé d’organiser, vendredi prochain, une journée d’étude consacrée au projet de loi de Finances 2027, sous l’égide du secrétaire général adjoint chargé des études et de la documentation, Ahmed Jaziri. Cet événement aura lieu sous la forme d’une table ronde qui sera animée par des experts, Karim Trabelsi et Monji Smaâli en l’occurrence. L’enjeu pour le syndicat est clair : défendre le pouvoir d’achat des travailleurs face à la hausse de l’inflation, proposer des alternatives en matière de réforme fiscale et d’amélioration des équilibres financiers des régimes de sécurité sociale, ainsi que des mesures pour améliorer la gouvernance et la pérennité des entreprises publiques.
«L’Union élaborera des propositions en adéquation totale avec ses orientations sociales et sa vision d’un développement équitable», affirme un dirigeant de l’organisation ouvrière.
Au-delà de son contenu, l’initiative marque une reprise du dialogue entre le gouvernement et l’UGTT. Depuis plus de deux ans, les relations entre la place Mohamed Ali et le palais du gouvernement à La Kasbah semblaient gelées. Entre augmentations salariales unilatérales décidées dans le projet de loi de Finances 2026 et concrétisées par des décrets, et suspension du prélèvement automatique des cotisations syndicales sur les salaires de la fonction publique, le dialogue social était réduit à sa plus simple expression.
Budget 2027 : reprise du dialogue entre La Kasbah et l’UGTT
Le geste du ministère des Finances ne semble donc pas être une simple formalité administrative. Il intervient à un moment charnière où les défis socio-économiques liés essentiellement à une conjoncture internationale ternie par le conflit au Moyen-Orient et de nombreuses incertitudes macroéconomiques exigent un front intérieur uni. Pour de nombreux observateurs, cette correspondance constitue le «premier pas» vers une reprise du dialogue de haut niveau.
Le dégel intervient également dans un contexte marqué par l’élection d’une nouvelle direction à la tête de l’UGTT lors du congrès anticipé tenu fin mars dernier, qui a permis à l’organisation de tourner la page d’une grave crise interne. Les nouveaux dirigeants adoptent depuis le congrès un ton pragmatique et conciliant, comme en attestent les appels incessants de Slaheddine Selmi à la reprise du dialogue entre les partenaires sociaux à l’heure où le pays est confronté à de nombreux défis sociaux et économiques.
Si le dégel est salué, une question demeure : le gouvernement est-il prêt à intégrer réellement les doléances de l’UGTT dans le document final du budget 2027 ? Pour l’heure, l’heure est à la prudence. Néanmoins, le seul fait de rétablir les canaux de communication officiels est en soi une victoire pour la stabilité du pays. Dans les jours à venir, les experts des deux camps pourraient se retrouver autour d’une table. Si cette dynamique se confirmait, elle pourrait paver la voie à une résolution de plusieurs autres dossiers en suspens, dont notamment les grandes réformes nécessaires à la relance économique comme la fiscalité, la réduction du poids du secteur parallèle dans l’économie, la refonte des régimes de protection sociale et la restructuration des entreprises publiques.
Walid KHEFIFI
