Durant leur existence, les cités, en général, subissent parfois des altérations qui nuisent à leur aspect premier pour afficher des aberrations où l’on ne reconnaît plus l’état des lieux que le citoyen, enfant de la ville, connaissait par cœur. Cela est dû soit à des décisions municipales prises sans consulter au moins les riverains, soit à des «initiatives» personnelles de citoyens, devenus maîtres des lieux, qui décident -et exécutent à leur aise- de la nature d’une rue ou d’une autre.
C’est le cas de Tunis, la ville capitale, qui a connu et connaît encore des métamorphoses inimaginables et inacceptables, qu’elle ne mérite pas, «fruit» de changements inattendus et venus d’on ne sait où. «La rue de l’hiver», à titre d’exemple et plus précisément, est une rue parallèle à l’avenue Bab Jedid. Elle est devenue piétonne depuis plusieurs années sans que cela soit officialisé par l’autorité municipale. Il arrive que, seulement, de rares deux roues y circulent parfois et dans les deux sens. Il faut être très attentif pour ne pas y être écrasé. Et de ce fait, la promiscuité y règne. Cette rue est, en effet, occupée dans sa partie inférieure par les étals de plusieurs marchands de légumes, de fortune. Il y a même un revendeur dont la boutique ouverte est vide et ne sert à rien, car elle déborde sur la chaussée. D’autres revendeurs de légumes et de fruits exposent leur marchandise à même le sol ! Une exposition surréaliste sur la voie publique. En avançant à pied, c’est un passage étroit qui nous accueille où l’on est obligé de marcher au pas et de patienter. Une ou deux personnes peuvent passer difficilement. Et si «la nature a horreur du vide», comme disait Aristote, les revendeurs clandestins occupent désormais et malheureusement la presque totalité des espaces vides de la grande ville, défiant et les citoyens et la loi.
Un marché anarchique
Après le calvaire de «La rue de l’hiver», nous arrivons à la rue «Bab El Fella» que nous trouvons à notre droite et on est découragé pour la traverser tellement elle est et à première vue, pleine comme un œuf. Là encore, les échoppes ne semblent pas exister, puisque tout est vendu sur la chaussée par étalage interposé. La vente à même le sol est également présente. Un petit passage a été prévu pour les «pauvres» piétons au milieu de ce «marché» improvisé où l’on est bousculé presque à chaque pas franchi. C’est l’anarchie totale. Et on allait l’oublier. Cette rue est, elle aussi, devenue piétonne depuis plus de quarante années ! Il est bien révolu le temps où les voitures et les camions y roulaient ! Cette rue tend à changer encore de visage, dans la mesure où les marchands de vêtements de friperie ont remplacé plusieurs vendeurs de fruits et de légumes et même les épiciers et les bouchers. Un commerce juteux a donc remplacé la vocation initiale de «Bab El Fella».
A l’opposé d’un essor urbanistique
Et pour rester dans le même quartier, il est une autre rue, «La rue des silos» est la troisième rue qui est devenue piétonne par la force des choses, étant donné le débordement des marchands ambulants de la rue «Bab El Fella» qui a abouti à ce résultat néfaste. Cette situation a fait oublier à plusieurs riverains et autres passants que cette rue facilitait la circulation des voitures. Mais hélas, aujourd’hui et depuis près d’une vingtaine d’années, la promiscuité a remplacé l’aération. De ce fait, ce sont des espaces ouverts dans un espace urbain qui se voulait modernisé après la démolition de la rue «Sidi El Béchir» au début des années soixante du siècle dernier pour offrir à l’entrée de la ville du côté de Bab Alioua un beau visage. La construction des «Balassat», les célèbres immeubles, n’allait pas tarder et ils étaient nés en 1965. Mais aujourd’hui, ils sont entourés de rues devenues à l’opposé d’un essor urbanistique tant rêvé où la propreté est de mise. Et c’est comme si rien n’avait été réalisé, car on était revenu à la case départ.
Lotfi BEN KHELIFA
