La Fédération générale des banques et établissements financiers a annoncé, hier, qu’elle prévoit de reprendre ses actions de protestation pour dénoncer le blocage des négociations sur la majoration des salaires et le refus de la généralisation de la réduction du taux d’intérêt sur certains types de crédits prévue pour l’amendement du Code de commerce aux employés du secteur.
«Les salariés du secteur restent les grands oubliés des bénéfices faramineux que réalisent les banques, les compagnies d’assurance et les autres catégories d’établissements financiers. Face à cette injustice, nous appelons le Conseil bancaire et financier et la Fédération tunisienne des sociétés d’assurance (organisations patronales, Ndlr) à relancer les négociations sur la majoration des salaires», a indiqué la fédération rattachée à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) dans une motion publiée à l’issue d’une conférence de représentants des syndicats de base du secteur.
La fédération, qui a déjà organisé une grève de deux jours les 3 et 4 novembre 2025, a également décidé de convoquer une commission administrative sectorielle pour définir des actions revendicatives, dont des rassemblements ouvriers sur les lieux de travail, le port du brassard rouge, une grève générale et une journée de colère qui pourrait se tenir devant le siège de la Banque centrale de Tunisie (BCT).
L’escalade prévue intervient sur fond de blocage total du dialogue social avec le Conseil bancaire et financier (CBF) et la Fédération tunisienne des sociétés d’assurance (FTUSA), qui estiment que le lancement d’un nouveau round de négociations salariales dans le secteur est dénué de tout fondement alors que les employés du secteur sont concernés par les augmentations salariales prévues dans le cadre de la loi de Finances 2026 et les décrets y afférents.
La partie syndicale fait cependant remarquer que les salariés n’ont pas bénéficié de majorations au titre de l’année 2025, et que les augmentations prévues par la loi de Finances de l’exercice 2026 «ne correspondent pas à une répartition équitable de la richesse créée par les entreprises du secteur qui réalisent d’énormes profits et jettent des miettes aux employés».
«Des négociations salariales ont été lancées en mai 2025 dans le secteur des banques et de l’assurance, avant d’autres suspendues par les organisations patronales, qui n’a avancé aucune raison acceptable pour motiver sa décision», a expliqué Sami Salhi, le secrétaire général de la fédération syndicale, rappelant que la partie syndicale n’a pas été invitée à une séance de conciliation avant la grève organisée en novembre dernier.
Un pouvoir d’achat en baisse
La Fédération générale des banques et établissements financiers estime d’autre part que le blocage du dialogue social avec le Conseil bancaire et financier a engendré une «forte dégradation» du pouvoir d’achat des salariés dans un contexte marqué par la hausse de pressions inflationnistes. Elle a indiqué, dans ce même cadre, que le pouvoir d’achat des salariés a déjà été grevé par la révision du barème de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) qui a été instaurée par la loi de Finances 2025 pour plusieurs catégories professionnelles, dont les employés des banques et des autres établissements financiers.
Le gouvernement avait augmenté l’IRPP pour les tranches de revenus supérieures pour mobiliser les ressources nécessaires au budget de l’Etat pour l’exercice 2025. Selon cette mesure fiscale adoptée dans le cadre de la loi de Finances pour l’exercice 2025, les employés des banques appartiennent en majorité aux catégories de contribuables pour lesquels les taux d’imposition sont passés de 35% à 40%, soit de 32% à 36%, étant donné que leurs salaires imposables dépassent les 40.000 dinars par an. Cela s’est naturellement traduit par des baisses de leurs salaires nets.
Les employés du secteur ont par ailleurs appelé les autorités de tutelle à ne pas exclure les employés du secteur de l’application des dispositions de l’article 412 ter de la loi N°41 du 2 août 2024 amendant le Code du commerce qui prévoit un abattement de 50% des intérêts à taux fixes pour les crédits dont la durée initiale dépasse 7 ans, si les intérêts payés au cours des trois dernières années excèdent 8% du capital restant dû.
Walid KHEFIFI
