Le Syndicat tunisien des médecins libéraux (STML) a demandé, une révision immédiate des honoraires des praticiens exerçant dans le secteur privé, de la liste des actes médicaux et des diverses prestations sanitaires couvertes par la convention signée avec la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM).
«Nous réclamons une révision immédiate et périodique des honoraires et des actes et services médicaux approuvés par l’Ordre national des médecins et couverts par la convention sectorielle qui demeurent gelés depuis 2019», a souligné le syndicat dans la motion générale de son 14e congrès organisé à Hammamet les 16 et 17 mai 2026.
Le STML a également précisé dans ce même cadre que le gel des honoraires des prestations médicales menace désormais la pérennité des cabinets médicaux et des établissements privés du secteur dans un contexte marqué par l’envolée de l’inflation et la hausse des dépenses de gestion.
Il a, d’autre part, appelé à une réforme en profondeur du régime national d’assurance maladie pour assurer une couverture sanitaire universelle garantissant la prise en charge de toutes les affections ordinaires et chroniques en faveur de l’ensemble de tous les citoyens.
Dans cette même optique, le syndicat a appelé au transfert intégral des prélèvements sur salaires à titre de cotisations au régime d’assurance maladie à la CNAM.
Les médecins de libre pratique ont par ailleurs souligné la nécessité de l’unité des médecins de première ligne (médecins généralistes et médecins de famille), qui constituent le pilier fondamental d’un système de santé juste qui assure les prestations de soins et la prévention, tout en plaidant pour une complémentarité avec les médecins de deuxième et de troisième ligne (médecins spécialistes auxquels le patient accède généralement sur orientation du médecin de première ligne, à l’instar des cardiologues, dermatologues, neurologues, psychiatres et pédiatres) et un partenariat accru entre le secteur privé et celui public.
Sur un autre plan, le STML a appelé les autorités de tutelle à lancer un dialogue sérieux sur les revendications des jeunes médecins, appelant à améliorer leurs conditions de travail afin de freiner l’émigration croissante de ces compétences. Il a aussi dénoncé l’exclusion des médecins généralistes de la prescription de certains médicaments vitaux à leurs patients, en référence à la décision de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANPS) datant du 26 décembre 2025 et portant sur la restriction de la prescription d’un nouveau médicament antidiabétique de nouvelle génération à cinq spécialités médicales uniquement.
Un malaise qui touche plusieurs catégories de prestataires de soins
Le Syndicat tunisien des médecins libéraux n’est pas la seule structure médicale représentant les prestataires de soins privés à réclamer une réforme profonde du régime d’assurance maladie et des solutions à la crise de liquidités de la CNAM.
Le Syndicat tunisien des biologistes privés a appelé, récemment, la CNAM à régler sans délai les arriérés de paiement, qui mettent en péril la pérennité des laboratoires d’analyses médicales et menacent leurs capacités à continuer à fournir des prestations de soins de qualité aux patients.
«Nous appelons la CNAM à respecter ses engagements contractuels et à verser les sommes dues aux laboratoires d’analyses médicales», a souligné le syndicat regroupant les biologistes de libre pratique, notant que les retards de paiement ont atteint 5 à 6 mois, ce qui représente des violations répétées de la convention sectorielle signée avec la partie syndicale. Le syndicat a aussi indiqué que ces retards de paiement rendent les laboratoires incapables d’honorer leurs engagements envers leurs fournisseurs, l’administration fiscale et les caisses de sécurité sociale, tout en rappelant que les perturbations dans les services fournis par les laboratoires d’analyses médicales privés impactent négativement la sécurité des patients et la qualité des soins de santé.
De son côté, le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT) a mis en garde, dans un communiqué publié vendredi dernier, contre l’aggravation de la crise de trésorerie dont le secteur souffre, en raison notamment d’une «régression dans l’application des dispositions» de l’accord conclu en janvier dernier avec la Caisse nationale d’assurance maladie sur les délais de paiement.
La crise de liquidité de la CNAM s’explique par le choix fait en 2015 par le gouvernement d’affecter l’essentiel des parts de cette caisse qui gère le régime national d’assurance-maladie dans les cotisations sociales à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) pour assurer la continuité du versement des pensions de retraite. D’après le dernier rapport du ministère des Finances sur les établissements publics, publié en janvier 2024, les dettes cumulées de ces deux caisses envers la CNAM ont atteint 8,7 milliards de dinars à fin 2022.
Walid KHEFIFI
