La fluctuation ou la cherté des prix de la tomate en Tunisie s’explique principalement par des problèmes de régulation du marché, des circuits de distribution défaillants et des aléas climatiques qui perturbent la production et l’acheminement des récoltes. La tomate rouge se fait rare ou on la trouve parée de vert. Et surtout, son prix a quasiment doublé. Mais pourquoi moins de tomates sur nos étals ?
Des vertes et des pas mûres, on en voit beaucoup au marché en ce moment. Alors, les amateurs de tomate voient rouge : le kg de tomates oscille entre 3 et 4d500. «C’est hallucinant les prix !», estime Samia. Fatma vit le même scénario. Les tomates manquent. «Pour le moment, il n’y a pas de tomates et donc pas de salades», explique-t-elle.
Chaque année, à la même période, la tomate se fait rare. De leur côté, les producteurs alertent sur une possible baisse significative des volumes de tomates dès septembre et octobre. Ils n’ont pas manqué de faire entendre leurs préoccupations. Accès au foncier agricole, disponibilité de l’eau d’irrigation, difficultés de financement, intermédiaires, manque de main-d’œuvre ou encore impact du changement climatique : autant de défis qui freinent le développement de la filière. Les questions liées à la commercialisation et à l’importation des intrants ont également été soulevées. Abdallah Sahraoui, président du Syndicat des oléiculteurs de Sahline, a déclaré que «le secteur de la tomate est confronté à des problèmes majeurs, notamment le changement climatique, la hausse sans précédent des températures et la grave pénurie de ressources en eau, autant de facteurs ayant entraîné une pénurie du produit sur les marchés ainsi qu’une baisse de sa qualité».
Sahraoui a expliqué que «la période actuelle correspond à une transition saisonnière : la saison de production sous serres climatisées dans le Sahel s’achève, et l’offre bascule progressivement vers les zones de production saisonnière telles que Sidi Bouzid et Kasserine», précisant que «les cultures dans ces régions ont subi d’importants dégâts dus aux chutes de grêle, entraînant la perte d’une part significative de la récolte et l’apparition sur les marchés de fruits de petite taille ou endommagés». Le véritable danger vient aussi des virus qui s’attaquent de façon récurrente aux plantations dans plusieurs bassins de production. Certaines exploitations voient leurs parcelles entièrement décimées en quelques jours. Cette menace rend toute projection incertaine, même en cas de conditions climatiques clémentes. Pour limiter les risques, les producteurs misent davantage sur des variétés résistantes, notamment pour la tomate cerise. Et comme l’ont signalé certains fellahs, les mois de novembre, décembre et janvier pourraient ainsi connaître une pénurie aiguë et quasi-totale de tomates.
Quand les intermédiaires dictent leur loi
Il est vrai que certains intermédiaires se livrant à des pratiques spéculatives, contournent les circuits de distribution officiels, créant des pénuries artificielles et faisant flamber les prix. Ils achètent en grande quantité, parfois même avant la récolte, pour revendre à des prix exorbitants, privant ainsi le marché de produits disponibles et augmentant la pression sur les prix. Le président du syndicat des oléiculteurs a fait remarquer qu’«une caisse de tomates de 20 kg contient désormais, bien souvent, environ 7 kg de produits impropres à la consommation», affirmant que «la consommation réelle se concentre actuellement sur les restaurants et les commerces, alors que le citoyen ordinaire peine à trouver un produit de qualité acceptable». Concernant les prix, Sahraoui a déclaré que «la fixation antérieure des tarifs (entre 1.600 et 1.800 millimes) ne tenait pas compte des coûts de production réels ni des frais logistiques», soulignant que «les tomates se vendaient à 2.700 millimes le kilogramme au marché de gros et se vendent aujourd’hui à 4.000 millimes le kilogramme sur les marchés, malgré une qualité médiocre». Il existe une tension constante entre le coût de production et le prix de vente. Le coût de production englobe toutes les dépenses engagées par l’agriculteur pour cultiver ses tomates : achat des semences, préparation du sol, fertilisation, irrigation, protection phytosanitaire, main-d’œuvre et enfin, la récolte et le conditionnement. Ce coût a connu une augmentation significative ces dernières années. Face à cela, le prix de vente est déterminé par une multitude de facteurs, dont l’offre et la demande, les coûts de distribution et la marge des intermédiaires (grossistes, détaillants). Si le prix de vente ne permet pas de dégager une marge bénéficiaire suffisante, l’agriculteur n’a d’autre choix que de réduire sa production, perpétuant ainsi le cercle vicieux de la pénurie et de l’augmentation des prix.
Kamel BOUAOUINA
