Interdire le téléphone portable dans les écoles peut être une mesure utile, surtout pour limiter les distractions, réduire le cyberharcèlement pendant la journée scolaire et encourager davantage la concentration en classe. Dans beaucoup d’établissements, le téléphone devient un objet de distraction permanente : notifications, réseaux sociaux, jeux, vidéos et messages interrompent l’attention des élèves et nuisent au climat du travail. Une interdiction claire peut aussi aider les enseignants à faire cours dans de meilleures conditions et éviter certains usages abusifs.
Cependant, une interdiction totale peut aussi être trop rigide. Le téléphone peut avoir une utilité pédagogique, par exemple pour rechercher une information, utiliser des applications éducatives ou participer à certaines activités numériques encadrées ou à des jeux éducatifs. Il peut aussi servir en cas d’urgence, pour contacter la famille ou les services compétents. De plus, certains élèves ont des besoins particuliers et peuvent utiliser leur appareil comme outil d’assistance.
Les élèves se défendent
Aux dires des jeunes contactés dans des collèges et lycées, le téléphone portable est devenu un outil indispensable dont ils ne peuvent se passer ; ils y tiennent comme à la pupille de leurs yeux. D’ailleurs, certains trouvent que l’administration scolaire n’a pas le droit d’interdire l’utilisation du portable dans l’établissement, prétextant que certains cas urgents nécessitent le recours au portable pour prévenir immédiatement les parents : «Il y a des cas urgents qui n’attendent pas et nous sommes obligés d’utiliser le portable, par exemple, : refus de se faire octroyer un billet de retard, exclusion éventuelle du cours, accident scolaire quelconque, appel urgent de la part d’un parent…»
D’autres vous tiennent le même discours en termes plus provocateurs : «Il n’y a pas de raisons sérieuses pour l’interdiction du portable à l’école. Le fait que certains perçoivent d’un mauvais œil l’utilisation du portable par la majorité des élèves dans l’enceinte scolaire relève d’une certaine attitude conservatrice des adultes envers les technologies modernes, alors qu’ils l’utilisent eux-mêmes. Combien de fois le portable d’un prof sonne en plein cours et souvent il n’hésite pas à répondre à l’appel !»
D’autres élèves plus raisonnables vous déclarent : «Personne ne peut nier l’utilité du portable pour les élèves quand il s’agit d’un problème sérieux qui nécessite le contact des parents. Mais pendant les cours, il faut qu’ils sachent qu’ils sont fautifs sur ce point, la salle de classe est faite pour étudier et non pour téléphoner. L’administration doit obliger les élèves à éteindre leurs portables avant l’entrée en cours sous peine de sanctions très sévères !»
Et pourtant, la plupart des élèves n’éteignent pas leurs appareils en classe et se contentent de les mettre en mode silencieux, ce qui leur permet de consulter chaque appel et peut-être d’y répondre au moins en envoyant discrètement un message. Ce qui peut déteindre négativement sur leur concentration en classe. En agissant de la sorte, nos élèves sont-ils devenus esclaves du téléphone portable ? Cependant, le choix final appartient en premier lieu aux parents, car ce sont eux qui paient la facture. A eux de voir s’ils souhaitent ou non doter leurs enfants de téléphone portable et surtout à quel âge. En l’absence d’une loi en Tunisie interdisant le téléphone portable à l’école et vu l’état où nous sommes arrivés, le bon sens est de conseiller à nos chérubins d’en faire une utilisation modérée.
Quelle solution alors ?
Aujourd’hui, plus de 80% des élèves de l’enseignement de base et secondaire sont en possession d’un portable. On ne peut pas les priver de cet appareil qui constitue pour la plupart un moyen de liaison efficace et rapide entre les enfants et leurs parents en cas d’urgence. Mais ce qu’on peut reprocher à ces élèves, c’est surtout l’usage qu’ils en font surtout pendant les heures de cours. Le téléphone mobile devient ainsi un jouet électronique entre les mains de nos élèves peu soucieux des risques qu’ils peuvent courir suite à une utilisation exagérée et souvent inutile de cet appareil.
Il est vrai que l’usage abusif du portable par nos élèves est devenu une addiction dont on ne peut se passer et qui peut mener à des conséquences graves. Il faut rappeler à ce propos l’incident qui a eu lieu il y a quelques semaines dans un établissement scolaire à Sbikha quand une élève de 15 ans a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant du premier étage. Ce geste désespéré serait survenu après la confiscation de son téléphone portable par le personnel éducatif, ce qui a provoqué une réaction immédiate et dramatique. Dans tous les cas, la collégienne n’aurait pas dû agir de la sorte, car selon l’usage, quand un téléphone portable est saisi par un prof ou un agent administratif, il est récupérable plus tard après avoir avisé les parents de l’élève.
C’est que la confiscation pure et nette de l’appareil ne semble pas la meilleure solution pour interdire aux élèves de s’en servir. Aussi faut-il chercher d’autres alternatives possibles. En effet, la meilleure solution est souvent un encadrement strict plutôt qu’une interdiction aveugle. Par exemple, on peut interdire l’usage du téléphone en classe et dans les couloirs, tout en autorisant son utilisation à des moments précis ou dans des contextes pédagogiques validés par l’enseignant. Cela permet de préserver les bénéfices possibles du numérique sans en subir les excès. En somme, oui à une limitation forte, non à une prohibition sans nuance. L’objectif devrait être de protéger l’attention, le respect et le bien-être des élèves, tout en gardant une certaine souplesse pour les usages utiles et légitimes.
Hechmi KHALLADI
