Par Slim BEN YOUSSEF Le temps des chiffres s’installe, grave et mécanique, sous un ciel d’habitudes. Chaque automne revient le même refrain : on chiffre demain avant de l’imaginer. Projet de loi de finances ? La Tunisie de 2026 cherche moins à équilibrer ses comptes qu’à retrouver un élan. Quête de sens, besoin de réveil : notre nation a rendez-vous avec elle-même, décidée à corriger son propre destin. Les équilibres financiers se mesurent à la prospérité sociale qu’ils nourrissent, au pain quotidien qu’ils garantissent, à la dignité qu’ils ravivent. Un budget est une écriture : il hiérarchise nos valeurs et…
Auteur/autrice : S.B.
Par Slim BEN YOUSSEF Rien ne sert de feindre l’ignorance : dans les couloirs aveugles de la finance tunisienne, l’argent circule sans visage, plus fluide que la loi. Des fortunes glissent hors de notre pays ou s’enracinent dans l’économie grise, sans trace ni témoin. Les banques, prudentes, ferment un œil, parfois les deux. Et l’État, saturé de formulaires, laisse filer ses forces vives. Le blanchiment est devenu un style, la fraude un rythme. On s’y accoutume comme à une fièvre qu’on finit par prendre pour un climat. Les textes existent, mais les rouages respirent mal. La Commission des analyses financières…
Par Slim BEN YOUSSEF Le progrès social est un pacte qui se régénère. Il se recharge comme une batterie collective – une énergie qui circule, une vitalité qui persévère. Une pulsation continue : l’alacrité de la réinvention. L’actualisation du Référentiel tunisien des métiers et des compétences devrait incarner cet élan : dresser un inventaire vivant des professions, tracer la carte mouvante des possibles. Car le monde du travail se métamorphose en sourdine. Le bureau n’est plus qu’un vestige, le CDI une relique, les frontières un décor effacé. Le salarié devient prestataire, voyageur, nomade numérique. Il niche dans une chambre, traverse les…
Par Slim BEN YOUSSEF Parce que la société précède l’État, le social devrait rester la mesure de toute politique. Non comme supplément, mais comme matrice. Ibn Khaldoun l’avait saisi d’un trait : le service public fonde la civilisation. L’éducation en est le mythe inaugural, la santé son garant, l’eau et l’énergie ses artères. Autour de ce socle se déploient les transports, le logement, la sécurité sociale, l’assistance aux plus vulnérables. Mais l’horizon ne s’arrête pas aux besoins vitaux : il embrasse l’art et le patrimoine, le sport et le divertissement. La culture et le luxe, disait déjà Ibn Khaldoun, sont…
Par Slim BEN YOUSSEF L’ordre mondial actuel n’a plus de visage, seulement des grimaces. Sa stabilité est instable, sa croissance inégalitaire, son progrès amputé. Forgé dans les arrière-cuisines d’un cartel d’hégémonies, il tient par l’habitude plus que par la légitimité. Les institutions qui le soutiennent ressemblent à des palais figés : elles résonnent de proclamations solennelles, mais leurs colonnes craquent. La Tunisie, frugale dans ses moyens, ferme dans ses accents, désigne l’impasse que d’autres recouvrent de rideaux. Elle tourne le dos aux liturgies diplomatiques, choisit la dissonance, assume la multipolarité. Le Sud global, lui, invente d’autres grammaires. Les peuples y…
Par Slim BEN YOUSSEF L’administration tunisienne est-elle un rempart de l’État ou un labyrinthe qui étouffe ses citoyens ? Entre les lois écrites et la vie quotidienne, un gouffre s’élargit. Et dans ce gouffre, s’engouffre la confiance des Tunisiennes et des Tunisiens. Bureaucratie lente, apathie assumée, passe-droit sacralisé. Le citoyen, en quête de service, récolte du temps perdu. L’État, censé garantir l’efficacité, s’y dissout en inertie. La règle ne manque pas : codes, circulaires, formulaires, une paperasse qui prolifère comme des moisissures et creuse un canyon entre l’écrit et le réel. Dans l’écart prospèrent les habitudes anciennes : clientélisme banalisé,…
Par Slim BEN YOUSSEF On reconnaît la Palestine comme on blanchit un crime : sans justice, sans scrupule, avec un sang-froid de bourreau poli. À l’ONU, les mains se lèvent : France, Royaume-Uni, Canada, Belgique, Portugal… La liste s’allonge ; Australie, Andorre, Luxembourg, Malte, Saint-Marin. Mais sur les quais, les cargaisons d’armes appareillent pour l’entité sioniste. Génocide inédit, Nakba perpétuelle, colonies illégales, occupation brutale : l’État soi-disant « reconnu » est un État affamé, assiégé, désossé, massacré. Les ruines calcinées, les charniers béants, les familles déracinées composent sa carte d’identité. Les historiens jugeront s’il y eut jamais une chance de…
Par Slim BEN YOUSSEF Un élève confie son devoir de maison à la froide lucidité d’un logiciel ; un autre use encore un cahier froissé, privé de l’éclat métallique d’un écran. Cette juxtaposition résume l’essentiel : l’intelligence artificielle a trouvé sa place dans l’école. Mais elle est arrivée sans méthode, sans garde-fou, et son accès reste profondément inégal. Aphorisme : une innovation ne devient nationale que si elle efface les frontières sociales. L’IA n’ajoute pas une intelligence à l’intelligence, elle la décuple. Elle accélère l’acquisition, élargit la mémoire, stimule la curiosité. Elle favorise pourtant aussi la paresse, délègue l’effort, fige…
Par Slim BEN YOUSSEF Aucune image, aucune commission d’enquête, aucune preuve irréfutable n’interrompra le soutien occidental à Israël. Ni les charniers découverts, ni les rapports d’experts, ni les archives de l’ONU ne fissureront cette complicité. Le génocide, tragédie pour les peuples, ligne de bilan pour les puissants : il perdure tant qu’il rapporte. On n’y mettra fin que lorsque la facture devienne plus lourde que les dividendes. On nous répète que Biden hésite, que Macron tremble, que Starmer ou Scholz manquent de courage. Illusion commode, fable utile. Ils choisissent, s’agenouillent. Biden a sacrifié les élections de 2024 plutôt que rompre avec…
Par Slim BEN YOUSSEF La Tunisie avance. Elle marche au pas de l’Histoire, portée par l’irréversible et non par le fortuit. Ce mouvement n’admet ni halte ni retour. Il appelle des décisions entières, des lois franches, une jeunesse fidèle à la promesse de bâtir une patrie. Une patrie de liberté, de justice sociale, de dignité, de souveraineté. Une demi-mesure est un compromis boiteux, un héritage toxique. C’est l’art de différer, la science de tronquer, la manie de bricoler. Le temps, lui, additionne, amplifie, transmue, condamne. Et l’hésitation enfante quatre fléaux : stagnation, crise, lassitude, dette — transmis de décennie en…