Auteur/autrice : S.B.

Par Slim BEN YOUSSEF Il arrive qu’un pays se regarde avec gravité, sans détour : c’est souvent ainsi qu’il retrouve son destin. Pour se juger ? Ou simplement pour se ressaisir, dans le calme de ceux qui cherchent à se rassembler. La Tunisie vit cet instant de lucidité et de recommencement. L’action publique cherche à renouer le fil de sa cohérence — cette ligne invisible qui relie les institutions, les décisions, les citoyens. L’État, avant d’être un appareil, demeure une conscience. Et cette conscience engage autant ceux qui gouvernent que ceux qui servent. Servir, c’est exercer la constance : celle d’un…

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Par Slim BEN YOUSSEF La pluie a repris langue avec la terre. Dans les oasis, les oliveraies, les plaines de blé, une sève se lève : celle d’un pays qui redécouvre sa fécondité, sa confiance retrouvée dans le possible. Après des années de sécheresse, la Tunisie vise plus qu’une abondance : une relance. Un tournant, ou peut-être une chance de se refaire un destin agricole. Encore faut-il savoir accueillir cette prospérité, la transformer en bien commun. Que vaut-elle si elle ne profite pas à tous ? Si nos structures publiques (Office de l’huile, Office des céréales…) restent figées, si nos…

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Par Slim BEN YOUSSEF Il faut désormais penser ceci : ce qui s’élève du Sud n’est plus un cri isolé, mais une cause que tout un pays reprend. Ce qui semble n’être qu’un épisode local à Gabès se transforme en respiration nationale. Citoyens, chercheurs, artistes, enseignants, journalistes, activistes — une jeunesse entière — rappellent que l’écologie ne relève ni de la mode ni du baratin, mais de la conscience. Ils manifestent avec patience, créent avec ferveur, dénoncent avec dignité. Dans l’asphyxie, ils inventent une manière tunisienne de préserver la vie, et peut-être même, à travers elle, de réinventer la République.…

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Par Slim BEN YOUSSEF Chaque matin, les files d’attente forment le premier rituel de la République. La poussière y tient lieu d’ordre, l’attente de service. Les papiers s’entassent, les visages se renfrognent derrière la vitre. Des agents qui désertent, des guichets qui sommeillent, des dossiers qui s’ajournent : ainsi s’écoule la journée nationale de la lenteur. L’administration, temple du droit, héberge une somnolence. Une doctrine lente y veille, nourrie de passe-droits et de complaisances. L’apathie y est méthode, l’indifférence, protocole. Le bureau buissonnier y sert d’horloge : les heures s’y noient comme un fleuve dans le sable. Inertie, morosité, indolence, laxisme,…

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Par Slim BEN YOUSSEF Le vieux monde s’effondre sous le poids de ses certitudes. Le Sud, lui, se redresse et se redécouvre au pluriel. Il parle d’égal à égal, se conjugue dans une langue de partage. La Tunisie y prête sa voix tranquille, amie de la mesure et compagne de la constance. Un archipel d’idées se dessine déjà : Sud global, multipolarité, humanité retrouvée. Il annonce un monde qui s’invente en silence. Depuis Bandung, notre diplomatie trace une ligne claire : dignité des peuples, équité des échanges, pluralité des voies. Une fidélité vivante, tendue vers l’avenir – vers ce qui…

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Par Slim BEN YOUSSEF Le temps des chiffres s’installe, grave et mécanique, sous un ciel d’habitudes. Chaque automne revient le même refrain : on chiffre demain avant de l’imaginer. Projet de loi de finances ? La Tunisie de 2026 cherche moins à équilibrer ses comptes qu’à retrouver un élan. Quête de sens, besoin de réveil : notre nation a rendez-vous avec elle-même, décidée à corriger son propre destin. Les équilibres financiers se mesurent à la prospérité sociale qu’ils nourrissent, au pain quotidien qu’ils garantissent, à la dignité qu’ils ravivent. Un budget est une écriture : il hiérarchise nos valeurs et…

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Par Slim BEN YOUSSEF Rien ne sert de feindre l’ignorance : dans les couloirs aveugles de la finance tunisienne, l’argent circule sans visage, plus fluide que la loi. Des fortunes glissent hors de notre pays ou s’enracinent dans l’économie grise, sans trace ni témoin. Les banques, prudentes, ferment un œil, parfois les deux. Et l’État, saturé de formulaires, laisse filer ses forces vives. Le blanchiment est devenu un style, la fraude un rythme. On s’y accoutume comme à une fièvre qu’on finit par prendre pour un climat. Les textes existent, mais les rouages respirent mal. La Commission des analyses financières…

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Par Slim BEN YOUSSEF Le progrès social est un pacte qui se régénère. Il se recharge comme une batterie collective – une énergie qui circule, une vitalité qui persévère. Une pulsation continue : l’alacrité de la réinvention. L’actualisation du Référentiel tunisien des métiers et des compétences devrait incarner cet élan : dresser un inventaire vivant des professions, tracer la carte mouvante des possibles. Car le monde du travail se métamorphose en sourdine. Le bureau n’est plus qu’un vestige, le CDI une relique, les frontières un décor effacé. Le salarié devient prestataire, voyageur, nomade numérique. Il niche dans une chambre, traverse les…

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Par Slim BEN YOUSSEF Parce que la société précède l’État, le social devrait rester la mesure de toute politique. Non comme supplément, mais comme matrice. Ibn Khaldoun l’avait saisi d’un trait : le service public fonde la civilisation. L’éducation en est le mythe inaugural, la santé son garant, l’eau et l’énergie ses artères. Autour de ce socle se déploient les transports, le logement, la sécurité sociale, l’assistance aux plus vulnérables. Mais l’horizon ne s’arrête pas aux besoins vitaux : il embrasse l’art et le patrimoine, le sport et le divertissement. La culture et le luxe, disait déjà Ibn Khaldoun, sont…

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Par Slim BEN YOUSSEF L’ordre mondial actuel n’a plus de visage, seulement des grimaces. Sa stabilité est instable, sa croissance inégalitaire, son progrès amputé. Forgé dans les arrière-cuisines d’un cartel d’hégémonies, il tient par l’habitude plus que par la légitimité. Les institutions qui le soutiennent ressemblent à des palais figés : elles résonnent de proclamations solennelles, mais leurs colonnes craquent. La Tunisie, frugale dans ses moyens, ferme dans ses accents, désigne l’impasse que d’autres recouvrent de rideaux. Elle tourne le dos aux liturgies diplomatiques, choisit la dissonance, assume la multipolarité. Le Sud global, lui, invente d’autres grammaires. Les peuples y…

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