Par Slim BEN YOUSSEF La mémoire tunisienne brûle comme une braise, vive et tenace. Elle a accueilli des résistants, enterré des martyrs, gardé des serments. En 1982, Tunis devint à la fois port d’exil et cible de guerre, refuge et champ de bataille. Yasser Arafat, Khalil Wazir, Salah Khalaf, Fakhri Omari, Hayel Abdel Hamid, Farouk Kaddoumi, Nabila Nimr, et tant d’autres figures du Fatah et de l’OLP, trouvèrent ici un asile et un horizon. Tunis fut alors terre d’accueil et d’exil, foyer ardent de la cause palestinienne. Puis vinrent les agressions sionistes et les assassinats lâches : Hammam Chott, le…
Auteur/autrice : S.B.
Par Slim BEN YOUSSEF Retenons ceci : le sport est un forgeron. Il façonne les forces vives, aiguise les volontés, alimente les économies. Un stade qui s’élève, et une ville respire. Un centre de formation qui s’ouvre, et une jeunesse réapprend l’horizon. Une arène qui rassemble, et une communauté bat à l’unisson. Et déjà, sur le terrain, le forgeron s’anime : les Aigles de Carthage s’envolent vers le Mondial 2026. Une qualification qui dépasse le sport, rappelant à la nation que l’effort collectif ouvre toujours les portes du monde. La Tunisie a déjà su tremper son acier. El Menzah dans les…
Par Slim BEN YOUSSEF En Tunisie, l’administration a des airs de décor dystopique : tuyauteries sans issue, machines qui ronflent, formulaires qui prolifèrent comme des moisissures. Fabrique d’attentes en surchauffe, usine de délais égarés : bureaux somnambules, guichets fiévreux, écrans indifférents, tampons voraces. L’air s’y raréfie, les citoyens s’y égarent. Un palais de miroirs où chaque couloir débouche sur une porte close : on y tamponne des papiers et des colères ; on y archive des dossiers et des horizons. Reste à rouvrir les fenêtres – et le sens. Au fil des décennies, l’État s’est bâti un bestiaire de structures…
Par Slim BEN YOUSSEF Le monde marche sur des charnières rouillées : le pacte répété se mue en rite, puis en mensonge. Forgé par un cartel d’hégémonies, l’ancien système s’essouffle. La scène internationale grince : règles obsolètes, institutions figées, pactes frelatés, diplomaties brouillées. Le Sud global – auquel nous appartenons – parle, rêve, trace, imagine. Il compose sa propre grammaire. Modernité, développement, prospérité : biens d’un avenir partagé, sans frontière ni privilège. L’universalité nouvelle s’écrit autrement : pluralité des voix, dignité des peuples, équité des échanges. La Tunisie l’affirme à sa manière : petite sur la carte, vaste dans sa…
Par Slim BEN YOUSSEF Dans les petits ports, la mer se tait en bleu, et ce silence est un travail. Les barques peintes patientent comme des bêtes assoupies : felouques dociles, coques animales. Les filets pendus aux murs, lacérés de sel, sont des étoffes sacrées. Des doigts recousent, sachant que chaque maille est assiette, vin, avenir. Dans les criques de Sidi Mechreg, de Sidi Daoud ou de Kerkennah, la pêche artisanale palpite : souffle, mémoire, patience. Les petits pêcheurs avancent de nuit, guidés par la lune, portés par le courant et la foi. Un éclat de veille, une étoile, un…
Par Slim BEN YOUSSEF Il faut considérer ceci : tout citoyen qui franchit la porte d’un service d’urgence doit être pris en charge immédiatement, sans préalable administratif ni exigence financière. À l’hôpital, le premier geste doit être médical, non bureaucratique. Recevoir, examiner, soigner : telle est la séquence juste. La vie s’impose, sans condition, sans délai, sans calcul. C’est la règle élémentaire d’un État qui se veut social. Les incidents récents, à Gafsa et ailleurs, ont révélé des scènes indignes : un paiement exigé avant un soin, un formulaire réclamé avant un souffle. Là où l’ambulance se gare, la paperasse s’installe. Le…
Par Slim BEN YOUSSEF Dans les films de Ken Loach, les réunions ne sont jamais spectaculaires. Pas de musique héroïque, pas de tribune enflammée. Des voix qui se chevauchent, des mains qui noircissent des listes, des regards fixés sur la marge du possible. Tout se joue dans le froissement des papiers, la moiteur d’un vestiaire, l’odeur du café renversé sur un procès-verbal. Chez Loach, le syndicat est colonne vertébrale : discret, vital, indestructible. Il maintient les corps droits, ensemble, même sous le poids du monde. En Tunisie, cette colonne vertébrale a un nom : l’UGTT. Née dans la lumière crue…
Par Slim BEN YOUSSEF Certains communiquent, ces jours-ci, à grands renforts de vertus sur un événement baroque. Dans les chancelleries occidentales, on promet de « reconnaître » la Palestine comme on reconnaît un cadavre à la morgue : trop tard, trop propre. On dégaine des communiqués comme on colle des pansements sur des membres arrachés, ou des certificats de naissance sur des enfants déjà ensevelis. On reconnaît un État comme on absout un crime : sans justice, sans scrupule, avec un sang-froid confondant. Gaza brûle. Gaza meurt. Gaza se dilue dans les décombres. Et pendant que les chancelleries polissent leurs…
Par Slim BEN YOUSSEF L’affaire Belaïd-Brahmi, procès-fleuve le plus important dans l’Histoire de la Tunisie, a connu, cette semaine, un développement non négligeable, pour ne pas dire majeur : quatre condamnations à mort et neuf peines de prison, qui varient de huit ans à perpétuité, prononcés contre douze accusés dans l’affaire de l’assassinat de Chokri Belaïd. Un verdict forcément important. Importantissime. Mais, au fait, qui a tué Chokri Belaïd ? Malheureusement, la réponse à cette question n’est que trop « partielle » dans le prononcé du jugement, aussi importantissime soit-il. Onze années après l’assassinat, douze hommes de main –garçons de course, tueurs à gage,…
Je ne veux pas bronzer idiot ! Un slogan de légende pour une manifestation mythique, qui… ne se tiendra pas. A Tabarka, l’énième annulation du Festival de Jazz, annoncée il y a quelques jours, sonne comme un glas. Dans l’impossibilité de payer les factures, les organisateurs jettent l’éponge. Un coup de massue de plus dans la médiocrité ambiante. Pourtant, ce fut un temps où les têtes d’affiches du jazz mondial se bousculaient au portillon de la scène mythique de la Basilique. Il faut compter de très gros bonnets comme Miles Davis, Manu Dibango, Joan Baez, Dizzy Gillespie, Al Di Meola ou…