Le transport scolaire est un véritable calvaire quotidien pour de nombreux élèves, marqué par les retards constants, les pannes de véhicules et la surcharge extrême des bus. Certains jeunes écoliers et lycéens sont obligés de parcourir de grandes distances à pied par manque de transport, panne de transport, absence de rigueur des chauffeurs. Certains élèves sont contraints de faire de l’auto-stop, d’aller à pied, notamment dans certaines localités du Nord-Ouest et du Centre du pays.
D’autres sont obligés alors de se rabattre sur les transports privés grevant une seconde fois le budget familial déjà fortement érodé par la cherté de la vie. Ils sont nombreux aussi à monter dans des camions et des tracteurs pour aller à l’école. A souligner, à cet égard, que durant les heures de pointe, des centaines d’usagers, élèves en majorité, attendent impatiemment l’arrivée des bus. Quand l’un de ces bus daigne s’arrêter, tout le monde s’agrippe aux portières dans l’espoir de trouver une place à l’intérieur, aussi minuscule soit-elle. La situation devient insoutenable avec l’entassement des passagers à l’intérieur des bus, à tel point que parfois ces véhicules roulent difficilement. Il suffit de se présenter à certains arrêts de bus, lors des heures de pointe, pour s’en convaincre. On constate des portes ouvertes où sont accrochés, à leurs risques et périls, des élèves, sous le regard stupéfait des témoins. D’ailleurs, d’après la section régionale de la Ltdh de Kairouan, 4.500 élèves font chaque jour plus de 5 km à pied à l’aller comme au retour pour atteindre leurs écoles. Le déplacement quotidien entre l’école et le domicile familial, une routine anodine pour certains, est une aventure sisyphéenne pour plusieurs enfants qui habitent dans des sites enclavés, notamment pendant la saison hivernale quand le mercure tombe au-dessous de zéro. Le parcours du combattant commencé le matin se poursuit en fin de journée en rentrant.
Quel impact réel sur le quotidien des élèves ?
Emmener ses enfants chaque jour à l’école n’est plus un plaisir. C’est un casse-tête et un véritable cauchemar pour les parents. C’est le cas de 60 élèves originaires de la délégation de Thala, scolarisés au lycée pilote de Kasserine, qui rencontrent des difficultés quotidiennes pour se déplacer entre les deux localités, étant contraints de recourir aux taxis, aux transports en commun ou à des véhicules privés.
Ces élèves effectuent leurs trajets quotidiens dans des conditions qualifiées de difficiles par Mohamed Lassaâd Boulaâbi, membre du conseil local de Thala qui a souligné la nécessité de prendre les mesures adéquates pour mettre en place un moyen de transport dédié à ces élèves, afin de leur permettre de poursuivre leur scolarité dans de meilleures conditions et en toute sécurité. Les parents réclament la mise à disposition d’un bus pour assurer la liaison entre le lycée pilote de Kasserine et la délégation de Thala, leur évitant ainsi les désagréments liés aux transports en commun ainsi que les risques pouvant menacer leur sécurité lors des trajets aller-retour. Tous ces problèmes se répercutent négativement sur la scolarité de certains élèves, sachant qu’ils risquent carrément la déperdition scolaire. Le transport est devenu fatigant pour les élèves et au fil du temps, il devient un facteur de perturbation avec des journées parfois très longues, pouvant dépasser 9 à 10 heures hors domicile, dès le collège et le lycée, sans inclure les temps d’attente aux arrêts. Cette lacune est à l’origine de l’abandon des études par une partie des élèves, notamment les fillettes, dans certaines régions enclavées du pays. Les jeunes écoliers des zones éloignées sont encore et toujours confrontés à différents défis qui les poussent, malgré eux, à quitter les bancs de l’école avant même l’achèvement des cycles de l’enseignement obligatoire (primaire et secondaire collégial), et de ce fait, se convertir dans le travail domestique ou agricole, ou carrément se marier à un âge précoce pour les filles.
Il est vrai que les conditions pénibles du déplacement des élèves vers leurs écoles, les retards, les absences dues aux mauvaises conditions climatiques et l’attitude de ces élèves à rater les cours de l’après-midi afin de rentrer chez eux avant le coucher de soleil constituent également un facteur de poids. En l’absence d’une véritable stratégie de transport scolaire à la hauteur, la situation ne peut qu’empirer.
Kamel BOUAOUINA
